DU BON USAGE DE L’OUTILLAGE D’ÉLAGAGE DANS LE CINÉMA DE MAUVAIS GOÛT

By 5 mars 2011 Art, Vidéo No Comments

Texas, un groupe de jeunes se fait agresser, kidnapper, et bien sûr massacrer.

1974, Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse.

Dans ce film au scénario à l’originalité protubérante, vous apprendrez que la consanguinité c’est sympa mais que les enfants qui en découlent ont souvent un peu d’eau dans le crâne. Et également que manger de la viande avariée en tapotant sur la tête de son grand-père lourdement handicapé, hé ben c’est dégueulasse. Massacre à la tronçonneuse avait donc tout pour être un nom de plus dans la longue liste des films fauchés où une belle bande de rednecks massacre du petits cons à gros porte-feuille dans la joie et la mauvaise odeur. Pourtant Hooper signe un classique absolu et ouvre une brèche nouvelle dans le cinéma de genre grâce à l’utilisation d’un outil que nous, amateurs de sciure et de copeaux divers, connaissons bien : la tronçonneuse.

Grâce à ce médium, Hooper pose dès lors les bases d’un nouveau style, le slasher. A la truelle, nous pourrions dire que généralement une bande de jeunes se fait dérouiller par un mec masqué et bien équipé en arme blanche. Le réalisateur place enfin le bon vieil outil du bricoleur sur la carte du cinéma d’horreur. Hooper justifiera son choix en expliquant que le bruit de l’engin remplaçait n’importe quelle musique d’horreur pendant les scènes et permettait donc un gain d’argent. Ok Tobe, c’est bien vrai. Mais ce n’est pas tout. Car côté Asie, on découpe du copain et/ou du méchant à grands coups de sabre depuis longtemps, l’Amérique se devait de proposer mieux, plus usiné, plus fumant, plus brutal. Car contrairement au couteau qui marque généralement une absence de préméditation, une fulgurance dans le besoin de zigouiller, la tronçonneuse accompagne une vrai préparation. Un exemple? Vous trouverez une tronçonneuse dans le coffre de n’importe quelle voiture garée sur le parking d’une boîte de nuit de Haute-Saône, juste «au cas où…». A la suite du succès du film de Hooper, la tronçonneuse, contrairement à Dany Boon, apparaîtra dans grand nombre de bons films par la suite, avec l’idée de faire naître deux sentiments distincts :

Soit pour servir l’humour potache, de certaines séries B :

La tronçonneuse fait même partie intégrante du corps du héros dans Evil Dead, ou plus récemment dans Bienvenue à ZombieLand, le personnage joué par Jesse Eisenberg. Imagine Woody Harrelson découpant des zombies armé d’une tronçonneuse pour souligner le fun que celui-ci prend à innover dans l’attaque de morts-vivants. En élargissant à d’autres outils, on pourrait penser à la tondeuse de Brain Dead. Les exemples d’utilisations détournées ne manquent pas, et plus celles-ci sont aberrantes plus l’effet sera réussi, souvenez-vous du lancer de disques de scie circulaire dans Commando.

Soit d’autre part pour accentuer la violence via l’utilisation d’objets de notre quotidien :

De Scarface à Hostel les scénaristes utiliseront la Stihl ou la Husqvarna pour créer une véritable terreur chez leurs personnages, pour faire cracher le morceau à Tony Montana ou pour de très sympa séances de torture dans le film d’Eli Roth. Dans ces cas là, quand la tronçonneuse rugit, le sang gicle. Dans ce même registre Abel Ferrara prouvera dans The Driller Killer que perceuse et crânes de SDF font aussi bon mélange que l’huile et le sans plomb. En (moteur) deux temps trois mouvements, sortir des outils de leur contexte deviendra chose courante dans le cinéma de genre, de la hache du premier Vendredi 13 à la série des Saw, véritable publicité pour Castorama sur grand écran. Tout récemment Machete nous laissait présager du meilleur en faisant intervenir débroussailleuse et taille haie. Pourtant la palme revenant comme souvent aux films à base de zombie où tout objet provenant du garage d’un bon bricoleur doit être utilisé dans une course à la déconne bien venue. Avec une moyenne de 154 accidents par an, on est en droit de penser que Massacre à la Tronçonneuse a suscité bien des vocations, en faisant un objet qui fait rêver, qui peut à la fois terrifier mais aussi beaucoup déconner. Comme une mobylette, mais sans la barre de renfort finalement.

« Enlevez cette saleté de cadavre de la banquette de ma putain de bagnole en vitesse et
mettez-la dans le coffre, non mais ça va pas ? »

Maxime A.